"Le gouvernement ne peut rester en roue libre"

21 mar
Billet publié sur le site du Nouvel Observateur

par Michaël MOGLIA, membre du conseil national du Parti Socialiste, conseiller régional du Nord-Pas de Calais

 Alors que Jérôme Cahuzac a présenté sa démission mardi 19 mars, le président et son Premier ministre sont au plus bas dans les enquêtes d’opinion. Des résultats qui n’étonnent pas Michaël Moglia, conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais, qui a quitté le Parti socialiste en 2012 après 23 ans, écœuré par le manque d’actions et de réactions des socialistes au pouvoir.Édité et parrainé par Mélissa Bounoua

Le siège du parti socialiste à Paris le soir de l'élection de François Hollande le 6 mai 2012 (REVELLI-BEAUMONT/SIPA)
Le siège du parti socialiste à Paris le soir de l’élection de François Hollande le 6 mai 2012 (REVELLI-BEAUMONT/SIPA)

J’ai quitté le parti socialiste en décembre 2012. Au siège du PS, rue de Solférino, personne n’a réagi après la publication d’un texte dans "Libération" annonçant mon départ. J’ai contacté Harlem Désir pour lui dire mon étonnement vis-à-vis de cette non-réaction. Mais cela ne m’a pas surpris outre mesure car l’actuel Premier secrétaire a été placé à ce poste pour ne pas entraver la politique du gouvernement, il a mis en sommeil le parti.

Une situation incroyable

Le gouvernement est en roue libre précisément parce que le parti de gauche majoritaire n’est pas assez puissant et réactif.

Le PS devrait rappeler les engagements pris par François Hollande pendant la campagne. Car nous faisons face à une situation incroyable : on dirait qu’ils n’étaient pas au courant de l’ampleur de la crise en arrivant au pouvoir, et si c’est effectivement le cas, c’est de l’amateurisme. Ou alors, ils en étaient conscients et nous avons menti pendant toute la campagne car nous avons proposé des choses qui ne sont pas applicables en l’état.

Dans ce contexte, la démission de Jérôme Cahuzac ne fait que souligner la position délicate de François Hollande, qui a toujours défendu l’idée de "République exemplaire". Si le président avait apparemment déjà été alerté d’une possibilité de l’existence d’un compte en Suisse, j’ai beaucoup de mal à comprendre que, lorsqu’il l’a nommé au gouvernement, il ne se soit pas assuré en amont qu’il n’y aurait aucun problème dans les mois qui ont suivi son arrivée à Bercy.

Entendons-nous bien, Jérôme Cahuzac n’avait pas le choix. Et, pour l’instant, il est toujours innocent jusqu’à preuve du contraire. Étant donné qu’il était au ministère du Budget, il ne pouvait pas demander aux Français de faire des efforts tout en ayant des soupçons qui pesaient sur lui.

Où est le changement ?

Au-delà de ça, ce qui me sidère, c’est que, chaque jour, il y a une annonce du gouvernement qui marque un retrait vis-à-vis des promesses faites pendant la campagne. À propos de la TVA par exemple, on nous avait demandé de manifester contre la TVA sociale, rebaptisée "anti-sociale". Puis, on nous a annoncé qu’une TVA à 20,5% serait mise en œuvre. Par ailleurs, je suis en charge à la région Nord-Pas-de-calais du personnel, je suis intervenu à chaque débat budgétaire pour lutter contre la politique de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux (évoqué dans la RGPP), or cette politique existe toujours. Elle est appliquée et accentuée dans certains domaines.

De plus, en tant qu’élus locaux, nous vivons de plein fouet la diminution des dotations d’État, or François Hollande s’était engagé sur une augmentation en 2014 et 2015. Il a confirmé il y a quelques semaines que ces dotations baisseraient dans les deux années à venir.

Même chose à propos des retraites, les socialistes ont manifesté pour se plaindre de la réforme menée par Nicolas Sarkozy. Or aujourd’hui, les représentants socialistes, même à la gauche du parti, Henri Emmanuelli notamment, interviennent dans les médias pour expliquer qu’il sera nécessaire de retarder les départs en retraite.

On se demande donc où est le changement.

Un système en crise

Pour certains électeurs, depuis que le gouvernement socialiste est arrivé au pouvoir, leur situation s’est aggravée. Les syndicalistes de Florange ont pleuré à la fermeture de leur usine, quand François Hollande leur avait promis un an auparavant qu’elle ne fermerait pas. Il y a un problème, notre système ne tourne pas rond.

Le gouvernement devait combattre des mesures mises en place par le précédent gouvernement, il ne le fait pas et des mesures indispensables ne passeront pas alors qu’elles avaient été promises durant la campagne.

Lorsque je me suis retiré du PS, j’ai choisi de créer un nouveau groupe, "la Gauche maintenant !". Parce qu’au conseil régional le PS n’avait qu’un siège d’avance. En me retirant, j’ai eu conscience des conséquences que cela aurait : le PS a perdu la majorité. Le parti dans son fonctionnement actuel, et c’est dramatique d’en arriver là, fait qu’on est plus utile à l’extérieur qu’en son sein, je l’ai réalisé. Le PS n’ayant plus de majorité, nous avons obtenu l’attention que nous méritions pendant les débats budgétaires au Conseil régional.

J’ai essayé de faire avancer les choses pendant 23 ans au parti socialiste, pendant 9 ans au conseil national. J’ai toujours été écouté, mais jamais entendu.

Toujours socialiste, pas encarté

Aujourd’hui, plus généralement, les sympathisants et les militants de gauche sont écœurés, déçus. Pour autant ils restent de gauche. Or, il n’existe pas pour tous ces gens-là d’alternative. Nous avons fait ce que nous avons pu au niveau régional en créant un nouveau groupe : deux anciens du Front de gauche, deux écologistes, une syndicaliste et moi-même. Ce qui prouve qu’un rassemblement de la gauche est possible.

Je me vois toujours comme un socialiste. Mais je ne suis pas le même socialiste que Jérôme Cahuzac ou Pierre Moscovici, qui ne le sont plus depuis très longtemps selon moi. Je me sens bien plus proche de l’héritage de François Mitterrand. Il faut se rappeler que, lorsqu’il était arrivé au pouvoir en 1981, la situation économique était catastrophique aussi. Ronald Reagan avait pris des décisions qui impactaient toute l’Europe. Pour autant, il a fait passer en priorité les questions sociétales parce que cela coûtait peu.

Aujourd’hui, je reproche à François Hollande de ne pas être plus actif sur ces questions. Cela ne coûterait rien d’interdire les crédits revolving par exemple. Les questions sociétales ne les intéressent plus, les socialistes au pouvoir semblent obnubilés par le respect des 3% de PIB de déficit imposé pour l’Union européenne. Cela ne peut pas être la façon dont la gauche gouverne la France.

Propos recueillis par Mélissa Bounoua

Marie-Claude Marchand élue !

1 mar

marieclaudemarchandLors de la séance plénière des 14 et 15 février, la liste de candidats à la Commission Permanente présentée par La Gauche Maintenant ! a obtenu, au-delà des voix de ses quatre élus, deux suffrages supplémentaires. Par conséquent, je suis très heureux d’annoncer que ma collègue et camarade Marie-Claude Marchand siègera désormais à mes côtés en Commission Permanente. Ce résultat inespéré nous conforte dans notre volonté de porter une nouvelle voix à gauche dans le Nord-Pas-de-Calais.

Autre motif de satisfaction : la même élection a conduit le groupe Front National de Marine Le Pen a perdre un siège (sur six) au profit de l’UMP. Le propre des « vagues », c’est qu’elles finissent par refluer !

La Gauche Maintenant !

19 déc

Il y a quelques jours, j’expliquais pourquoi ma rupture avec le Parti Socialiste n’était pas une aventure solitaire, mais au contraire l’amorce d’une construction — forcément — collective. Mon intention était de rassembler des élus progressistes et écologistes partageant les mêmes valeurs de Gauche, et la même déception à l’égard du Gouvernement de Jean-Marc AYRAULT.

C’est pourquoi je suis heureux de vous annoncer aujourd’hui la constitution, au sein du Conseil régional du Nord-Pas de Calais, du groupe La Gauche Maintenant ! Rassemblement de la gauche citoyenne et écologiste.

Ce groupe est composé  de six élus aux profils et aux parcours divers :

- Marie-Claude MARCHAND, une ancienne Députée qui, comme moi, a quitté le Parti Socialiste,- Michel AUTES, ancien Vice-Président du Conseil régional en charge de la Santé,
- Sylvain ESTAGER, du Rassemblement citoyen, ancien membre du groupe "Europe Écologie Les Verts",
- Laurence SAUVAGE et Laurent MATEKJO, deux militants du Parti de Gauche

La situation exige qu’une politique de gauche soit mise en œuvre : pas après-demain, pas demain, pas après un hypothétique retour de la croissance, mais maintenant !

Une région qui reste classée au dernier rang des 22 Régions métropolitaines en matière de développement humain a besoin de la Gauche, maintenant !

La Gauche maintenant!, c’est une gauche qui ne baisse pas la tête, et qui refuse catégoriquement le « on a tout essayé », ce discours de résignation qui est une insulte à nos électeurs.

La Gauche maintenant!, c’est une gauche qui redonne du sens à l’action politique. C’est une gauche qui fixe des priorités, et qui refuse de confier à la technostructure le soin de conduire l’action politique !

La Gauche maintenant!, c’est une gauche inventive, créative, audacieuse. C’est vrai, même si parfois la crise a bon dos, nous devons apprendre à faire mieux avec moins, et l’imagination devient la qualité première du responsable politique. C’est pourquoi nous souhaitons remettre en cause certaines habitudes, au profit de politiques nouvelles.

La Gauche maintenant!, ce n’est pas une gauche démagogique, ce n’est pas une gauche qui demande « toujours plus » : c’est une gauche responsable, consciente des réalités, et constructive – mais qui demande que nos politiques s’adressent prioritairement aux plus faibles, à ceux que la crise frappe le plus durement.

La Gauche maintenant!, c’est un groupe autonome, mais c’est aussi un groupe ouvert, une « passerelle » entre les diverses tendances progressistes et écologistes de l’assemblée régionale. Nous ne sommes d’aucune majorité ni d’aucune opposition. Nous voulons œuvrer, coûte que coûte, au rapprochement des groupes de gauche pour que, dès 2013, le budget du Conseil régional soit celui de toute la gauche.

A l’inverse de tous les autres groupes politiques du Conseil régional, nous n’avons pas décidé par avance de ce que sera notre position de vote sur le Budget Primitif pour 2013. Il est clair qu’en l’état, nous n’accepterons pas ce qui nous est proposé. En particulier, nous jugeons qu’il est inacceptable, pour une majorité de Gauche, de diminuer aussi drastiquement le budget de la Santé et celui de la Culture…

Nous sommes conscients du devoir de responsabilité qui est le nôtre. Nous avons donc formulé huit amendements qui permettront d’infléchir la tendance suivie par l’Exécutif régional :

  • Amendement n° 1 : Rétablissement à leur niveau de 2012 des crédits d’investissement pour le programme régional de lutte contre le cancer
  • Amendement n° 2 : Aide aux élèves sans-papiers dans les lycées
  • Amendement n° 3 : Rétablissement des crédits de fonctionnement de la politique culturelle à leur niveau de 2012
  • Amendement n° 4 : Augmentation des crédits alloués au programme « Prévention Santé Environnement »
  • Amendement n° 5 : Création d’une cellule régionale de soutien au retour en régie publique de l’eau
  • Amendement n° 6 : Réalisation d’une étude sur la gratuité du TER pour les usagers
  • Amendement n° 7 : Soutien aux entreprises luttant contre l’obsolescence programmée des biens
  • Amendement n° 8 : Augmentation des crédits destinés à subventionner les associations d’aide au départ en vacances

Pour nous, le débat budgétaire doit donc avoir une vraie utilité. Pendant ces trois jours se séance plénière, le groupe La Gauche Maintenant ! tâchera d’être à la fois critique et constructif.

Merci

12 déc

sine_1Les très nombreuses réactions, encouragements, et félicitations que vous m’avez adressés depuis quelques jours m’ont profondément touché.

En pleine préparation du débat budgétaire au Conseil régional Nord-Pas de Calais, je ne trouve malheureusement pas le temps de répondre à chacune et à chacun d’entre vous… J’espère que vous m’en excuserez.

Beaucoup sont ceux qui m’ont exprimé leur sympathie en évoquant la difficulté de quitter une famille politique. Je vous avoue que le plus difficile, pour moi, a été de prendre la décision. Depuis ma démission, je suis serein. Dans une vie dédiée à la politique – et aussi étrange que cela puisse paraître – c’est un sentiment trop rare que d’être parfaitement en phase avec ses convictions. C’est une sorte de libération de ne pas être contraint, par discipline partisane, de porter des décisions auxquelles on ne croit pas.

Vous vous en doutez, il ne peut s’agir pour moi d’une démarche solitaire. Au Conseil régional, plusieurs élus de gauche ne se retrouvent pas dans la ligne politique du Gouvernement, et partagent ma conviction qu’il faut agir bien davantage pour celles et ceux qui subissent le plus durement la crise économique : les pauvres, les exclus, les invisibles. Je n’ai pas voulu parasiter mon message initial, qui était un message de fond, par des considérations stratégiques. Mais pour porter ce message, je souhaite que ces élus progressistes et écologistes puissent maintenant se rassembler. C’est ce qui m’occupe pleinement depuis ma démission du PS.

Je vous tiens très vite informés de la suite !

D’ici là, deux liens pour la route :

- une interview accordée à France Inter samedi dernier,
- le dernier édito des Inrockuptibles, qui évoque ma démission

http://www.franceinter.fr/emission-l-invite-du-samedi-marc-peschanski-afmtelethon-michael-moglia-ex-ps

"Pourquoi je quitte le PS" : lettre ouverte à Harlem Désir

6 déc

Merci à Libération de publier ce matin, dans une version un peu abrégée, ma lettre ouverte à Harlem Désir. En voici le texte intégral.

Cher camarade, cher Harlem,

Dans la nuit du 6 au 7 mai dernier, tu étais aux côtés de François Hollande sur l’immense scène installée place de la Bastille. Cette nuit-là, tu as senti l’espérance d’un peuple de gauche venu défier les appels presque unanimes à la résignation. Tu as vu ces dizaines de milliers de Françaises et de Français dont l’enthousiasme était une demande : celle que les Socialistes, revenus au pouvoir, parviennent enfin à changer la vie.

Je n’étais pas avec vous à Paris. J’ai fêté la victoire auprès de mes camarades dans le Nord. Mais déjà, cher Harlem, je n’y croyais plus beaucoup… Est-ce parce que nous avions déjà trop souvent déçu les nôtres ? Me doutais-je que nous nous apprêtions à le faire de nouveau, peut-être plus rapidement et plus brutalement que jamais ?

Je suis entré au PS à l’âge de 17 ans. La figure tutélaire de François Mitterrand, le poing et la rose, le combat contre les forces de l’argent, les 110 propositions : jeune militant, je revendiquais fièrement cet héritage.

Même lorsqu’il s’est éloigné de ses valeurs, j’ai continué de croire mon Parti capable de rénovation. Grâce à notre démocratie interne, la prise en compte des différentes sensibilités, l’écoute mutuelle, la camaraderie (notion aujourd’hui disparue), il me semblait possible d’ancrer à gauche notre ligne politique.

J’ai la tristesse mais enfin la lucidité, après vingt-trois années de militantisme, dont neuf au sein de la direction nationale du PS, de constater que je me suis trompé. Désormais je comprends à quel point les dirigeants du Parti Socialiste s’accommodent cyniquement d’avoir une aile gauche pesant en moyenne 15% lors des scrutins internes. Des personnalités telles qu’Henri Emmanuelli et Benoît Hamon autrefois, ou telles qu’Emmanuel Maurel aujourd’hui, ont simplement permis de maintenir, en façade tout au moins, l’image d’un vrai parti de gauche. Tel est le rôle d’Arnaud Montebourg au Gouvernement ; tel a été mon rôle dans le Nord. À un parti en pleine dérive idéologique, il fallait ses « idiots utiles ».

Depuis mai, sous le regard d’une Bastille incrédule, qui avait tant besoin de retrouver la foi dans le progrès social, François Hollande et le Gouvernement n’ont fait que reculer… sous les applaudissements de l’appareil socialiste.

Te souviens-tu seulement du projet que nous avons porté ensemble ?

Dès 2010, Benoit Hamon voulait substituer au mythe gentillet et creux de « l’égalité des chances » un retour à l’objectif historique de la gauche : l’égalité réelle entre tous les citoyens. Pour ce faire, il proposait une batterie de mesures sociales et sociétales ambitieuses.

Bien qu’ayant refusé d’adhérer à ce catalogue de mesure lorsqu’il était candidat aux primaires, François Hollande en avait finalement reprises plusieurs dans son programme présidentiel : le système d’attestations lors des contrôles d’identité, souvent vécus comme discriminatoires, l’encadrement strict des dépassements d’honoraires des médecins, le droit de vote aux étrangers pour les élections locales, la limitation des écarts de salaire de 1 à 20 dans les entreprises publiques. Sur chacun de ces sujets, le Gouvernement de Jean-Marc Ayrault a soit renoncé purement et simplement, soit reporté les réformes sine die, soit affadi leur contenu jusqu’à les rendre inutiles.

La liste des reculades, des incohérences et des échecs ne s’arrête malheureusement pas là. Le Gouvernement a renoncé à exiger le non-cumul des mandats dès 2012, malgré les engagements pris et signés par l’ensemble des parlementaires socialistes. La loi sur le logement social a été retoquée par le Conseil Constitutionnel pour vice de procédure. On a laissé entendre aux Maires qu’ils seront libres de ne pas appliquer la loi sur le mariage pour tous. La TVA Sarkozy, dite « sociale », décriée à juste titre pendant la campagne électorale, est revenue sous une autre forme à l’occasion de la remise du rapport Gallois. Enfin, on devine que le projet — pourtant central dans le programme de François Hollande — d’une « grande réforme fiscale » ne sera probablement jamais mis en œuvre pendant le quinquennat.

Certains choix semblent traduire le reniement de nos convictions les plus profondes. Malgré le courage et l’obstination de la Ministre Aurélie Filipetti, le Gouvernement a choisi de diminuer le budget de la culture. Ce serait grave en temps normal ; c’est catastrophique en temps de crise, car je reste persuadé que l’Art est le premier outil de combat — ou d’évasion — lorsque tout va mal.

La seule ligne directrice du Gouvernement porte un nom : l’austérité. Elle porte aussi un chiffre, comme une prison intellectuelle : 3%.

La droite n’a jamais tant aimé le PS ; Manuel Valls est plus que jamais sa coqueluche. Elle qui craignait tant François Hollande avant son accession au pouvoir, finirait presque par le trouver exemplaire de courage et de modernité !

Si nous en sommes là aujourd’hui, c’est par l’enchaînement d’une série de fautes que vous avez commises, main dans la main avec la droite, au sujet de l’Union Européenne. Vous n’avez tiré aucun enseignement de la large victoire du non au traité constitutionnel européen de 2005. Pour moi, ce décalage entre les dirigeants et la base électorale du Parti a été un premier motif d’interrogation et d’embarras.

Le second a été la promesse faite par François Hollande de renégocier le traité Merkel-Sarkozy. Et quelle renégociation ce fut ! Le Président de la République a trouvé le prétexte d’un « pacte de croissance » indolore et inopérant pour se rallier — ni vu ni connu, pensait-il sûrement — à la « règle d’or ».

En réalité, dans l’Europe que vous êtes en train de construire, ou dont vous acceptez passivement les règles du jeu, les Etats n’ont pas et n’auront bientôt plus aucune marge de manœuvre.

Les politiques européennes pèsent sur le budget de l’Etat. Et puisque les collectivités territoriales, privées de leur autonomie fiscale, vivent essentiellement de dotations de l’Etat, elles doivent désormais rogner sur leurs politiques, y compris lorsqu’elles relèvent de l’urgence. Dans les Départements, c’est la santé et le social qui sont touchés. Dans les Régions, c’est l’emploi, la formation.

Voilà pourquoi, Président de la Commission des Finances du Conseil Régional Nord-Pas de Calais, je ne peux pas cautionner la poursuite annoncée des baisses de dotations d’Etat aux collectivités, après l’avoir dénoncée sans relâche pendant les cinq années de mandat de Nicolas Sarkozy.

Ayant renoncé à transformer l’économie, les Socialistes pourraient encore se distinguer des libéraux et des conservateurs en s’intéressant à cette « France invisible » — celle que personne ne veut plus voir.

Cela a été dit et répété : le PS a oublié les ouvriers. Mais pas seulement eux. Au fond, vous partagez le diagnostic de Laurent Wauquiez : un parti de gouvernement doit s’adresser aux « classes moyennes » (car au moins elles votent). Les chômeurs, les précaires, les toxicos, les taulards, les prostitués, les paysans, les mères célibataires, les surendettés, les malades, les psychotiques, les handicapés, les sans-abris : les exclus de tous poils et les onze millions de pauvres qui vivent en France ne comptent pas, ou si peu.

Il faut d’urgence prendre des mesures fortes et symboliques. En 1981, ce furent les 39 heures, la retraite à 60 ans, la cinquième semaine de congés payés, l’abolition de la peine de mort, l’autorisation des radios libres… Que propose le PS aujourd’hui ? Le droit au mariage pour les couples homosexuels, pudiquement rebaptisé « mariage pour tous », est un pas dans le bon sens. Mais cette mesure seule ne suffira pas à apporter à la France la bouffée d’oxygène dont elle a tant besoin !

De deux choses l’une. Soit il n’y a qu’une seule politique à mener, que l’on soit de gauche ou de droite, et dans ce cas le PS s’est moqué des Français pendant dix années d’opposition, plus particulièrement pendant une campagne électorale toute entière axée autour de la promesse du changement (« maintenant ! »).

Ou alors une autre politique est possible, et dans ce cas qu’attendez-vous  pour changer de stratégie ? Pour engager un réel dialogue avec les partenaires de gauche et retrouver le « talisman » de l’union, auquel François Mitterrand n’avait jamais renoncé  ? Oserez-vous faire ce choix, ou bien donnerez-vous raison à ceux qui ont vu dans la discrète réception d’élus Modem à l’Elysée, il y a quelques jours, l’amorce d’un renversement d’alliance avec le centre-droit ?

J’ai le regret, cher Harlem, de quitter aujourd’hui le Parti Socialiste. Je le fais avec une grande tristesse mais aussi, en optimiste obstiné, avec l’espoir que vous retrouverez un jour la voie de la raison et le courage d’être de gauche.

Démissionner… maintenant !

30 nov

Vous êtes nombreux à m’interroger sur les raisons de ma décision de quitter le Parti Socialiste. Pour répondre à ces interrogations, je reproduis ci-dessous le contenu de l’intervention que j’ai faite hier matin devant mes collègues du Conseil régional. Une explication plus détaillée viendra dans la presse en début de semaine prochaine.

Je remercie chaleureusement toutes celles et tous ceux qui m’ont témoigné leur soutien ces derniers jours.

J’ai décidé de quitter le groupe « Socialiste, Citoyen et Radical ». J’ai au préalable pris la décision de quitter le Parti Socialiste et la conséquence est bien sûr ma démission du groupe Socialiste ici, en Région.

J’ai milité 23 ans dans ce parti : j’ai été responsable du Mouvement des Jeunes Socialistes dans ce département pendant 6 ans, Secrétaire National de ce même mouvement pendant 9 ans, et j’ai siégé 9 ans également au Conseil National du PS.

J’ai tout donné à ce parti avec les conséquences familiales, personnelles et professionnelles que cela implique.

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Je sais bien que cette démission du groupe Socialiste a des conséquences pour la vie de notre Institution. J’ai pris cette décision car, avec beaucoup d’autres, j’ai longtemps cru possible, notamment grâce à la démocratie interne de mon parti, d’ancrer le PS davantage à gauche, et j’ai enfin la lucidité (et il m’aura fallu 23 ans !) de constater que je me suis trompé. Depuis la victoire de mai dernier, nous ne faisons que reculer, abandonner, renoncer. Système d’attestation lors des contrôles d’identités, encadrement strict des dépassements d’honoraire des médecins, droit de vote des étrangers, limitation des écarts de salaires de 1 à 20 dans les entreprises publiques : sur chacune de ces réformes, le Gouvernement a soit renoncé, soit reporté, soit affaibli leur contenu jusqu’à les rendre complètement inutiles.

Je n’accepte pas, alors que nous avons dénoncé avec force la TVA Sarkozy durant la campagne présidentielle, que celle-ci revienne sous une autre forme à l’occasion du rapport Gallois.

Enfin, la grande réforme fiscale – centrale dans le programme du candidat Hollande – ne sera probablement jamais mise en œuvre. La ligne du Gouvernement actuel porte un nom : l’austérité. Mais elle porte aussi un chiffre, comme une prison intellectuelle : les fameux « 3 % »

Il y a pour moi deux fautes majeures commise par le PS : n’avoir tiré aucun enseignement de la large victoire du NON contre le Traité Constitutionnel Européen de 2005. (J’étais partisan farouche du NON.) La seconde faute, plus récente, est le ralliement au traité Merkel-Sarkozy, largement pourtant rejeté par nos électeurs, traité imposant la « Règle d’Or », dont nous avions pourtant promis, il y a quelques semaines seulement, le rejet.

En réalité, l’Europe telle qu’elle est en train de se construire amène petit à petit les États à n’avoir plus aucune marge de manœuvre. Les politiques européennes pèsent sur les budgets des États, et puisque les Collectivités, privées de leur autonomie fiscale, vivent essentiellement des dotations de l’État, elles doivent désormais rogner sur leurs politiques. Voilà pourquoi, Président de la Commission des Finances, je ne peux cautionner la poursuite annoncée des baisses de dotations de l’État aux collectivités, après l’avoir dénoncée, au Conseil Régional et ailleurs, sans relâche pendant les cinq années de la présidence Sarkozy.

Alors une autre politique est-elle possible ? Évidemment, nous allons avoir deux jours de discussions autour des orientations budgétaires proposées par l’Exécutif ; l’objectif le mois prochain est bien d’avoir – qu’il n’y ait aucun doute dans mon esprit – un budget pour 2013. Pour que ce budget soit un budget de combat, un budget qui s’adresse prioritairement aux plus faibles de notre région, il nous faut engager un réel dialogue avec l’ensemble des partenaires de gauche présents dans notre hémicycle. Il faut chercher avec obstination le « talisman » de l’union, si cher à François Mitterrand, mais pour y arriver, il faut qu’il y ait discussions, échanges, que chaque partenaire de gauche soit écouté bien sûr, mais surtout entendu…

Je ferai tout ce qu’il est possible pour que nous y parvenions et je suis dans un état d’esprit complètement ouvert et positif.

Arrêter de cumuler, c’est possible !

7 nov

Docteur CumulLe cumul des mandats est une addiction grave pour la démocratie.

Pour la seule Assemblée Nationale, 339 des députés élus en 2012 en sont victimes. Parmi eux se distinguent les 179 socialistes qui s’étaient engagés à renoncer à tout mandat exécutif local avant fin septembre 2012.

Ce site s’adresse aussi bien aux élus qu’à leurs proches et à leurs électeurs. Il se tournera en premier lieu vers les députés socialistes qui ont déjà franchi une étape vers le sevrage et que nous souhaitons particulièrement encourager.

On y trouvera des conseils pratiques, des témoignages d’anciens cumuleurs ainsi qu’une méthode infaillible pour rompre avec le cumulisme en 90 jours.

Faites vous aider par cumul-info-service !

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